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Les « Nouveaux habits du colportage » est un projet de recherche pluridisciplinaire qui questionne les modalités et les formes d’infra-structures de partage que constituent les « bibliothèques parallèles ». Ancrés dans le contexte des pratiques numériques, les enjeux soulevés sont principalement ceux de l’archive, du droit d’auteur et de l’accès à la connaissance, des communs, et de la copie comme production artistique.
En activant une lecture constellatoire des pratiques de bibliothécaires amateur·ices (cf. L’outil — Constellation des pratiques), nous arpentons des initiatives qui se déploient dans des lieux ou sur des serveurs qui abritent et partagent des biens culturels en marge des dispositifs institutionnels.
Nous questionnons ces esthétiques du commun par le biais de l’enquête et empruntons comme métaphore la figure du·de la colporteur·rice comme celle de la mise en réseau et de la diffusion des savoirs.
Là où les grandes bibliothèques de l’ombre (Library Genesis, Anna’s Archive…) contiennent une infinité de textes accessibles en continu depuis n’importe quelle machine connectée au grand Internet, nous choisissons de porter notre attention aux tentatives de dissémination qui proposent une curation sensible et cherchent à « faire communauté » à une autre échelle.
À propos de ce site
La création d’un outil d’écriture voué au partage de la recherche en train de se faire a débuté avec la nécessité de générer un glossaire en polyphonie avec les récits et les expériences situées, de constituer un répertoire des pratiques et des personnes impliqué·e·s, de convoquer une bibliographie sélective et de rédiger des textes destinés à une future publication. Le paradigme premier de cet outil vise à s’éloigner d’une structure hiérarchisée des contenus pour approcher une architecture sémantique activée par des agents de liaison de plusieurs types : fragmentation, inclusion, lien contextuel, contenu apparenté. Sa capacité double d’être à la fois un outil d’écriture et de référencement autant que de publication met en place un scénario dépendant de la recherche qui s’inscrit dans le temps. L’outil tend à rendre lisible les différentes étapes et processus qui la dessinent. Les formes d’associations et d’imbrications des contenus s’attachent à révéler une cartographie, des chemins de pensée ou ce que l’on pourrait nommer une « lecture constellatoire ».
« Une lecture constellatoire, nous dit Muriel Pic, est « une telle lecture non-littérale […] : elle ne permet de dégager aucun lexique fini ni d’établir aucun abécédaire exhaustif, mais rend évidents des liens sinon secrets ou latents mais inaperçus, inédits. Elle étoile l’acte de lecture » 1.

Il nous appartient par ce dispositif d’affirmer de lire autrement ou plus exactement d’aller lire-observer ce qui n’est pas nécessairement de l’ordre du discours et ce de façon sensible et empathique. Tant dans la méthode d’observation utilisée (la micro-histoire qui permet de s’attacher aux détails, aux singularités, aux localités et à ce qui ne fait pas évènement), que dans la façon de restituer les récits, les expériences ou les lectures. La forme que produit l’outil est un ensemble de connexions dont les intervalles sont des espaces potentiels de (re)-montages à la façon d’Aby Warburg. Elles appellent plus à orienter qu’à interpréter et forment des agencements expérimentaux variables. Ces derniers produiront possiblement une ou plusieurs publication(s) comme objet de restitution de la recherche.
Appréhender des concepts par fragments : la notion de thésaurus.
Pour débuter, nous sommes partis du concept de « thésaurus » qui désigne étymologiquement le trésor, l’entrepôt et avons construit une infrastructure qui permet de déposer littéralement des mots dans un coffre pour former une collection.
C’est à partir de cette figure que nous avons déployé note outil comme un dépositaire d’expériences dont sont extraites des « pièces ». Autonomes et concaténées, elles forment les fragments d’un « trésor » en devenir. Nous agrégeons ainsi des notions explicitées lors de différentes rencontres, issues de points de vue multiples, de conversations ou de citations extraites de textes.
La particularité de ces fragments - ou « pièces » -, est de s’agréger automatiquement dans les différentes entrées du thésaurus au fur et à mesure de leur rédaction.
Le développement de l’outil de lecture constellatoire des pratiques nous est apparu comme une recherche en soi. Son développement s’est couplé aux questions d’écriture et de restitution. Outiller la recherche d’une plateforme d’enregistrement/articulation/restitution, a nécessité d’y participer et de la documenter. Des sessions d’expérimentation ont été nécessaires à son développement, en étroite collaboration avec les développeurs/graphistes du collectif Luuse.
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Muriel Pic et Emmanuel Alloa,« Lisibilité », Trivium - Revue de l’Institut français d’histoire en Allemagne, 10 | 2012, mars 2012, p. 159‑161. ↩