Les nouveaux habits du colportage

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Formes de la piraterie — Présentation

"Les formes de la piraterie" est un module interdisciplinaire de recherche qui se déploie sur 7 semaines dans le cadre d'un cours à la Cambre.

Faire de la recherche dans le contexte d'une école d'art, ou comment la recherche peut-elle s'exercer et prendre forme dans le contexte d'un cours hybride. Entre séminaire, workshop et cours appliqué comment nous nous sommes emparé d'un cadre pédagogique pour entamer la recherche. (à développer) Recherche en cours ou cours de la recherche?

Ci-dessous, le programme du cours à choix intitulé "cours de soutien à l'option Livre " — ou communément "CASO livre" proposé en septembre 2023 aux étudiant-es de Master de la Cambre.

CONTEXTE

Cette année, le Caso livre s'associe au projet de recherche «Les nouveaux habits du colportage» porté par Léonard Mabille, Alice Néron et Alexia de Visscher dans le cadre du fond de la recherche en art (FRArt).

Soutenu par la Cambre, ce projet tend à se déployer pendant deux années et démarre sa première session de travail dans le cadre du Caso Livre qui cette année portera sur les enjeux esthétiques de la piraterie dans le champ élargi des pratiques artistiques.

DESCRIPTIF DU PROJET

En 1751, la première occurrence du mot contrefaçon est recensée dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert et désigne un terme lié à la librairie 1

CONTRE-FAÇON, s. f. terme de Librairie, qui signifie édition ou partie d’édition d’un livre contrefait, c’est-à-dire imprimé par quelqu’un qui n’en a pas le droit, au préjudice de celui qui l’a par la propriété que lui en a cédée l’auteur ; propriété rendue publique & authentique par le privilège du Roi, ou autres lettres du sceau équivalentes. Voy. Contrefaire. Les premières formes pirates de la copie prennent ainsi leur ancrage dans le domaine de l'édition. Depuis, si le monde de la contrefaçon est le plus souvent associé aux accessoires de marque de luxe, la figure du pirate n'est pas moins liée au champ de l'art et au partage des biens culturels en général.

Marchand ou non-marchand, circulant via Internet ou de mains en mains, par antennes bricolées ou par bluetooth, le piratage de biens culturels prolifère partout où la propriété intellectuelle en verrouille l'accès. Face à cette privatisation, nombreux·ses sont les pirates qui transgressent les normes dominantes animé·es par le désir de partager et la nécessité d'accéder à ce que le privilège du droit d'auteur enclot. Qu'il s'agisse d'obtenir des contenus mondialisés inaccessibles en raison de conditions géopolitiques et socio-économiques, ou de sauvegarder les artefacts d'une culture en marge du système global, de multiples tactiques de diffusion s'inventent et se déploient dans les interstices du juridique. Copier, archiver, monter, assembler, modifier, citer, parodier, customiser, remixer sont autant de gestes d'appropriation inscrits dans une «économie du recyclage» qui produisent de nouveaux biens culturels et les réinscrivent au sein d'écosystèmes de circulation parallèles. Ces «nouveaux» artefacts portent les traces des gestes et des infrastructures pirates qui les ont produites et mis en circulation. Marqués par la dégradation du médium, les interférences, le flou ou le bruit, ces caractéristiques formelles communes à de nombreux biens piratés signent ce que l'on pourrait qualifier d'esthétique pirate. Celle-ci opère avant tout une transformation du partage du sensible en redistribuant les possibilités d'y participer.

Bibliothèques de l'ombre, radios pirates, guerilla television, dead drops, fanzines, cine-clubs, Infokiosques militants, Forum P2P, Xerographie dissidente (leak) sont autant d'exemples à partir desquels nous travaillerons. Nous les traverserons pour comprendre leurs contextes, leurs enjeux et leurs usages et nous mettrons ces infrastructures parallèles en perspective avec nos pratiques artistiques.

OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES

Le programme se déroulera en deux temps:

La semaine atypique se composera d'une série de rencontres où nous échangerons autour des pratiques artistiques pirates; nous nous faufilerons dans les marges du droit et sillonnerons les circuits et les infrastructures périphériques de diffusion culturelle. Tout en s'emparant d'un espace physique et numérique local, nous façonnerons ensemble un glossaire de la piraterie, constituerons une boite à outils technico-juridique, et dessinerons une cartographie sensible des espaces pirates arpentés. Trois journées de rencontres se poursuivront par un workshop initié par Eva Weinmayr, chercheuse qui questionne les conditions collectives de réutilisation du travail d'autrui. Elle nous invitera à réfléchir aux pratiques de partage alternatives au droit d'auteur, à la manière dont nous établissons des liens, citons, utilisons ce matériau dans les interstices du droit mais aussi dans une perspective du soin.

Nous nous retrouverons ensuite, les vendredis. Il s'agira de s'emparer du matériel compilé durant la semaine atypique pour questionner les pratiques de chacun·e à l'endroit où elles génèrent ou usent de formes de la piraterie. En fonction de l'envie collective, il pourra être envisagé d'étendre la pensée du commun à l'école :  Quelles sont les pratiques souterraines existantes?  À quoi avons nous accès et comment? Y a-t-il des besoins à combler? Quels espaces de partage (ré)investir? Quelles formes leur donner?

NOMBRE D’ÉTUDIANTS

Maximum 15 étudiant.e.s

CRÉDITS

10 crédits

PARTENAIRES EXTÉRIEURS

l'erg (école de recherche graphique) dans le cadre du partenariat design numérique

DÉPLACEMENTS

Une série de déplacements sera effectuée; nous nous rendrons dans des lieux bruxellois associés au champ de la piraterie (bibliothèques autogérées, ateliers d'artistes/designers, antenne radio, collectif·ves militant·es etc.). Ces différentes rencontres participeront à l'élaboration d'une cartographie collective. Des invitations à assister à des évènements extérieurs pendant toute la période du module seront susceptibles d'être envoyées aux étudiant·es.

INTERVENANT·ES (-> A COMPLETER)

MODE D’ÉVALUATION

Évaluation continue selon des critères définis en concertation avec les étudiant·es. **(-> DEVELOPPER)